Le Ludwigslied
SCIENCES, LIVRES
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Le Ludwigslied (Chant de Louis) ou Rithmus Teutonicus est l’un des plus anciens poèmes en langue germanique, composé en ancien haut allemand, au IXᵉ siècle. Ce texte, à la fois historique et épique, célèbre la victoire du roi Louis III sur les Vikings lors de la bataille de Saucourt-en-Vimeu en 881. Il a sans doute été composé du vivant du roi Louis
Ce chant de louange, redécouvert en 1672, est considéré comme l'un des plus anciens témoignages de la langue germanique.
Mais qui était ce Louis III, objet du poème?


Situation du royaume en 881
PLouis III fait partie de ces rois carolingiens oubliés. Avec son frère cadet Carloman II, il régna sur la Francie Occidentale de 879 à 882. Il est le fils de Louis II le Bègue et le demi-frère de Charles le Simple.
La succession de son père fut difficile: l’Aristocratie se sentant de plus en plus indépendante, certains féodaux proposent la couronne de Francie Occidentale à Louis le Jeune, le roi de Germanie.
Finalement Louis III et Carloman II sont sacrés en Septembre 879 par l'archevêque de Sens et entament des règnes difficiles : Louis, âgé de 15 ans, reçoit le nord du Royaume, menacé par les Normands, et Carloman, âgé de 13 ans, le sud, a priori plus épargné.
Mais, peu après leur couronnement, Boson, un féodal ambitieux, ancien beau-frère de leur grand-père Charles le Chauve, réunit un concile à Mantaille, près de Vienne, se fait proclamer roi et usurpe le pouvoir aux Carolingiens.
Mais les jeunes princes Louis et Carloman sont courageux et volontaires : ils mèneront donc la guerre, à la fois contre les vikings et contre l’usurpateur.
Leurs règnes sont de courts : Louis meurt en 882 d’une stupide chute de cheval, et son frère Carloman, en 884, d'un accident de chasse.
Leur demi-frère Charles le Simple n’a que de cinq ans. Dans cette période difficile, les grands du royaume lui préfèrent Charles le Gros, qui reconstituera ainsi, mais de façon très éphémère, l’Empire de Charlemagne.


Louis III et Carloman II
Et qu’en est-il de cette obscure bataille de Saucourt-en-Vimeu du 3 août 881 ?
Une grande armée viking, chassée du Wessex par le roi Alfred le Grand, a débarqué, aux environs de Calais et ravage le nord de la Francie.
Louis III est alors dans le sud, plus précisément à Vienne, où les carolingiens réconciliés et unis, assiègent l’usurpateur Boson.
Courageusement, le jeune Louis, décide de remonter vers le nord à la tête de son armée pour affronter les envahisseurs vikings. L’analyste de Saint-Vaast, toujours bien informé, nous fait parvenir les détails de cette bataille : chargés de butin, les normands sont attaqués et écrasés par les Francs, qui auraient fait périr 8000 Scandinaves lors de l’affrontement.
Si ces chiffres sont toujours à considérer avec prudence, il est certain que le roi Louis infligea une raclée mémorable aux envahisseurs païens et fut à l’origine d’un chant de louange : le Ludwigslied, composé de strophes de quatre vers et six vers, rimant deux par deux.
Plusieurs traductions peuvent être trouvées sur différents sites internet. Celles-ci ne sont pas toujours cohérentes entre elles. Vous pouvez consulter ici celle de Philippe Remacle qui fait, en général, autorité sur la question.
Je propose ci-dessous un mixte de celles que j’ai pu lire et qui privilégie la clarté, ainsi que la compréhension que j’ai pu avoir des différentes versions.


Bataille de Saucourt-en-Vimeu
Je connais un souverain, le Roi Louis. Il aime à servir Dieu qui le récompense de sa foi.
Enfant, il perdit son père. Mais cette perte fut vite réparée car Dieu l'accueillit et devint son guide.
Il lui donna des compagnons intrépides, de la vaillance et un trône dans le pays des Francs. Qu'il en profite longtemps!
Bientôt, par un accord équitable et loyal, il partagea le trône, avec Carloman, son frère.
Mais Dieu voulut l'éprouver pour voir si, malgré sa jeunesse, il supporterait les épreuves.
Il laissa les païens arriver par la mer, pour rappeler aux Francs leurs péchés.
Certains furent tués, d'autres épargnés. Celui qui avait vécu une mauvaise vie fut puni.
Le voleur qui s'était amendé, se sauva et devint honnête homme.
Le menteur, le fraudeur, le fourbe firent tous pénitence.
Le roi était inquiet, le royaume ébranlé. La colère du Christ pesait sur le pays.
Mais, voyant toutes ces calamités, Dieu eut enfin pitié de son peuple. Il ordonna à Louis de chevaucher en toute hâte.
Louis, mon roi, secours mon peuple que les normands oppriment si durement.
Louis répondit : Seigneur, je le ferai à moins que la mort ne m'empêche d'accomplir ce que tu me demandes
Il recommanda son âme à Dieu, puis leva l'oriflamme et se mit en marche, à travers le pays, contre les normands
Ceux qui attendaient son secours rendirent grâce à Dieu ; Monseigneur, nous t'attendons depuis si longtemps.
Alors le Roi Louis leur dit d'une voix forte : consolez vous, mes compagnons, mes frères d'armes!
Je viens, envoyé par Dieu. Il m'a ordonné de combattre avec vous!
Je n'aurai de repos tant que je ne vous aurai pas délivré! Que ceux qui sont restés fidèles à Dieu me suivent!
La vie nous est donnée aussi longtemps que le Christ le permet; s'il veut notre trépas, il en a le pouvoir.
Quiconque servira Dieu avec ardeur, je le récompenserai, s'il sort vivant de cette lutte. Et, s'il succombe, ce seront ses enfants.
Il saisit alors son bouclier et sa lance. Il s'élança sur son cheval, chevaucha, brulant d'ardeur de punir ses ennemis
En peu de temps, il trouva les normands. Dieu soit loué! dit-il voyant finalement ceux qu'il cherchait
S'avançant bravement, il entonne un chant auquel toutes les voix s'unissent : Seigneur prends pitié!
L'hymne s'acheva. Le combat commença. Ivres de colère, les francs s'élancèrent dans la mêlée.
Chacun se battait de façon héroïque, mais nul n'égalait Louis ; prompt et intrépide, avec cette vaillance qui lui était naturelle.
Désarçonnant les uns, transperçant les autres, il fit boire à ses ennemis la coupe amère de leur défaite, et un grand nombre perdirent la vie.
Bénie soit la puissance de Dieu ! Le Roi Louis fut vainqueur. Gloire à tous les saints! La victoire était à lui.
Louis, notre roi! Heureux au combat! Toujours présent où son aide était nécessaire. Conservez le, Seigneur, dans sa Majesté!
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